La RCP Pastis est une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) régionale dédiée aux cancers du pancréas localement avancés, une situation qui concerne environ 30 % des patients atteints de ce cancer. Deux fois par mois, elle réunit à distance les spécialistes de douze centres de la région PACA pour réévaluer, cas par cas, les options disponibles : chirurgie, essai thérapeutique ou radiothérapie. Retour d'expérience du Dr Jonathan Garnier, chirurgien à l'Institut Paoli-Calmettes de Marseille, qui coordonne cette RCP.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m'appelle Jonathan Garnier, je suis chirurgien à l'Institut Paoli-Calmettes à Marseille et je suis spécialisé dans le cancer du pancréas et du foie. J’ai effectué ma formation à Marseille, New-York et Amsterdam. J'exerce au sein d'une équipe où il y a quatre chirurgiens : le Professeur Olivier Turrini, le docteur Jacques Ewald, le docteur Anaïs Palen et moi-même. Ensemble, on réalise environ une centaine de chirurgies du pancréas par an, ce qui fait de nous le premier centre de la région PACA.
Notre expertise va de la chirurgie robotique aux reconstructions multivasculaires pour les cancers qu'on appelle localement avancés du pancréas, en passant par des stratégies plus innovantes comme l'autotransplantation d'îlots pancréatiques.
Pourquoi avoir fait le choix d'utiliser Rofim?
Avant Rofim, je travaillais comme beaucoup de mes confrères, de manière assez informelle : des collègues ou des confrères nous envoyaient des images partagées par SMS pour des demandes d'avis.
Nous recevions ainsi des bribes de dossier médical, avec le risque de donner une réponse qui n'était pas toujours de la meilleure qualité, non par manque de volonté, mais parce que nous n'avions pas toujours toutes les informations, ou une image suffisamment nette pour un conseil optimal. Ça posait déjà un premier problème.
Le deuxième, très actuel, c'était celui de la protection des données des patients. C'est pour cette raison que, lorsque la solution Rofim a été mise en place à l'Institut Paoli-Calmettes, de nombreux praticiens s'y sont rapidement mis, parce qu'elle nous permettait de dépasser ces écueils et d'apporter une réponse plus professionnelle, aux médecins traitants comme aux confrères.
Quels sont les modules que vous utilisez ?
Le premier, c'est celui de la téléexpertise pour l'avis médical, et le deuxième, c'est celui de la RCP, la réunion de concertation pluridisciplinaire. Il y a des avantages communs aux deux : le premier, c'est que c'est conforme RGPD, pour la protection des données des patients.
Le deuxième, c'est la traçabilité, qui permet de comptabiliser ce que l'on fait dans son activité. Pour la téléexpertise en particulier, il y a une certaine facilité de la mise en œuvre et on va avoir des dossiers médicaux, ainsi qu'une imagerie, de meilleure qualité, ce qui permet une décision elle aussi de meilleure qualité.
Qui peut vous contacter dans le cadre d'une téléexpertise ?
Dans mon cas, la téléexpertise sert à répondre à une question d'un chirurgien, d'un oncologue ou d'un médecin traitant qui nous contacte de l'extérieur, pas encore les patients directement. Ce sont donc les médecins qui contactent directement le praticien à l'Institut Paoli-Calmettes. Je traite tous les cas de cancer du foie ou du pancréas, qu'ils soient opérables ou non, qu'il y ait besoin d'une chirurgie robotique ou non, ou qu'il faille discuter d'un essai thérapeutique.
Globalement, il y a deux grandes situations : soit une première évaluation pour voir s'il y a nécessité de faire se déplacer le patient en consultation, soit un conseil professionnel entre deux chirurgiens, par exemple.
À noter que je suis chirurgien, donc mon traitement est évidemment physique : ça ne remplace donc pas la nécessité de rencontrer le patient à la consultation, et ça ne se substitue pas non plus au référentiel de l'établissement ou à sa RCP.
Pouvez-vous nous présenter la RCP PASTIS ?
Parce que nous sommes en région PACA, l'acronyme a été choisi en clin d'œil à la boisson marseillaise. Mais il est aussi pensé pour l'international, puisqu'il signifie : Pancreatic cancerlocally Advanced : StraTegy and Indication for Surgery.
Le nom est un clin d'œil à la boisson marseillaise, mais est surtout pensé pourl'international : Pancreatic cancer locally Advanced : StraTegy and Indication for Surgery.
Le but de cette RCP est de discuter des cancers du pancréas localement avancés, une situation qui concerne environ 30 %des patients atteints d'un cancer du pancréas. Le problème de ces patients, c'est que la tumeur n'est pas « facilement » opérable, et ils sont donc souvent orientés vers un traitement palliatif : on leur dit qu'on ne peut pas les opérer, et donc qu'il n'y aura pas de traitement à visée curative. L'objectif est d'infléchir cette tendance, en réunissant tous les spécialistes du cancer du pancréas de la région PACA pour discuter spécifiquement de ces patients.
En effet, l’évaluation d’un cancer du pancréas est plus vaste que seulement les critères anatomiques et la capacité d’un chirurgien à pouvoir extirper la tumeur. Cela ne veut pas dire que tous pourront être opérés, mais au moins, nous nous réunissons tous ensemble pour l’évaluer, autour d'une table virtuelle. Deux fois par mois, le jeudi à 16h30.
Le problème de ces patients, c'est que la tumeur n'est pas « facilement opérable » : on leur dit qu'on ne peut pas les guérir. Le but de cette RCP PASTIS, c'est d'infléchir cette tendance en réunissant tous les spécialistes de la région.
Douze centres ont pour l'instant répondu présent. La RCP est coordonnée par l'Institut Paoli-Calmettes à Marseille, et elle réunit entre autres :
- le CHU et le Centre anti-cancer de Nice,
- le CH d'Avignon et l'Institut Sainte-Catherine (Avignon),
- la clinique de la Casamance à Aubagne,
- les centres hospitaliers de Gap, Fréjus et Ajaccio,
- et bientôt rejoints par l'AP-HM.
Nous sommes donc une douzaine à ce jour, et ce nombre devrait continuer d'augmenter dans les mois à venir.
À chaque réunion, il s'agit de se demander ce que l'on peut proposer de mieux pour chacun de ces patients : un essai thérapeutique disponible dans un centre, une chirurgie envisageable, ou peut-être la radiothérapie guidée par l’IRM, comme traitement le plus adapté.
Quel est l'objectif de cette RCP ?
Cette RCP consiste à réunir tous les experts dans un espace-temps dédié, avec une relecture radiologique standardisée, pour discuter si l'on peut proposer une chirurgie à ces patients, ou si un essai thérapeutique est disponible ailleurs en région PACA, voire en France. Un compte-rendu de la RCP est ensuite rédigé, avec une proposition détaillée.
Il y a deux choses sur lesquelles je tiens à insister : ce que cette RCP n'est pas.
D'abord, ce n'est pas un moyen pour l'IPC de recruter de nouveaux patients : ceux qui sont discutés continuent d'être traités dans leur centre d'origine, on ne va pas leur dire « vous ferez forcément votre chimiothérapie à l'Institut Paoli-Calmettes ».
Ensuite, ce n'est pas non plus une validation de ce qui sera fait dans les autres centres : dire qu'un traitement chirurgical est envisageable, dans notre expérience, notre pratique et notre organisation, ne signifie pas qu'il sera faisable partout. C'est pourquoi il était important de préciser que l'avis rendu par cette RCP reste un avis consultatif.
Quels sont les bénéfices de ces deux outils de télémédecine pour vos patients ?
Je pense que, pour la RCP en particulier, il y a un triple bénéfice pour les patients.
Le premier, c'est qu'ils bénéficient de l'avis de tous les experts de la région en une seule fois, sans avoir besoin de se déplacer, avec un compte-rendu radiologique standardisé. C'est un vrai avantage.
Le patient ne se déplace que s'il y a nécessité de mettre en place un traitement, une chirurgie ou un essai thérapeutique dans un centre donné, par exemple. C'est le deuxième avantage : on voit souvent des patients arriver en consultation à qui l'on va proposer exactement ce qu'on leur avait déjà dit chez eux. Sauf qu'ils ont fait cent cinquante kilomètres pour se l'entendre dire, et passé deux ou trois heures dans une salle d’attente pour ça.
On voit souvent des patients faire cent cinquante kilomètres pour attendre deux ou trois heures une consultation, et s'entendre proposer exactement ce qu'on leur avait déjà dit chez eux.
Le troisième avantage, c'est que cette organisation prend peu de temps aux praticiens, ce qui permet une réévaluation dynamique : on peut discuter d'un patient au diagnostic, puis à nouveau plus tard dans son traitement, trois ou quatre fois si nécessaire, à différents moments de sa prise en charge. Ça, c'est pour la RCP.
Pour la téléexpertise, il y a aussi un avantage pour les patients, mais il est plus indirect : il passe d'abord parune meilleure communication entre praticiens, dont les patients profitent au bout du compte.
Le mot de la fin ?
Je vous encourage à participer à cette RCP Pastis, pour le cancer du pancréas localement avancé en région PACA. La deuxième chose, c'est que peut-être, à distance, quand ça marchera bien en région PACA, on pourrait l'étendre à une RCP nationale, puisque ce sont des patients qui sont partout sur le territoire.
