Comment le transfert d’imagerie et la téléexpertise facilitent la prise en charge en cardiologie ? Le Dr Charles Fauvel partage son retour d’expérience au CHU de Rouen.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis le docteur Charles Fauvel. Je suis cardiologue au CHU de Rouen, dans le service de cardiologie. Je suis praticien hospitalieruniversitaire, ce qui signifie que j’ai une activité de clinique, de recherche et d’enseignement. Ma surspécialité en cardiologie concerne l’insuffisance cardiaque et les cardiomyopathies.
Dans ce domaine, mon expertise porte notamment sur les maladies du myocarde, et en particulier sur les valvulopathies. C’est une expertise cardiologique assez poussée, et c’est dans ce cadre que j’utilise la plateforme Rofim.
Dans quels contextes utilisez-vous Rofim au CHU de Rouen ?
Nous organisons des réunions de concertation pluridisciplinaires bimensuelles.
Cette RCP est dédiée aux valvulopathies.
Nous invitons les cardiologues de la région à nous soumettre leurs cas complexes ainsi que leurs échocardiographies via Rofim. Cela nous permet de télécharger les examens, de les relire et de les réévaluer.
Cela évite parfois de refaire certains examens pour les patients et facilite la transmission des informations, de manière beaucoup plus rapide et plus efficace.
Concrètement, nous téléchargeons les examens envoyés via Rofim, nous les intégrons dans nos logiciels de traitement d’images, puis nous présentons et relisons les images lors de la RCP.
Comment se passe concrètement le transfert des examens ?
Avec Rofim, les cardiologues nous adressent directement leurs examens via la plateforme.
Nous pouvons ensuite télécharger ces examens sur notre station de relecture, qui est en l’occurrence ViewPoint, la solution de General Electric. Cela nous permet de refaire des mesures à partir des échographies transférées depuis Rofim vers ViewPoint.
Dans certains cas, cela évite même de refaire les examens.
Cela permet aussi aux cardiologues de présenter leurs examens à distance, en les chargeant directement sur la plateforme, sans avoirà envoyer un CD ou une clé USB.
« Les examens envoyés via Rofim peuvent être téléchargés directement sur notre station de relecture, en l’occurrence ViewPoint, la solution de General Electric. Cela nous permet de refaire des mesures à partir des échographies transférées, et parfois d’éviter de refaire les examens. »
Dans quelles situations les cardiologues vous sollicitent-ils le plus souvent ?
Je vous ai parlé des RCP mais il peut aussi s’agir d’avis ponctuels.
Certains cardiologues, notamment lorsqu’ils exercent seuls ou qu’ils ont moins l’habitude de certaines situations, peuvent se poser des questions dans leur cabinet. Ils peuvent se dire : « Je ne sais pas pour ce patient-là, j’ai un doute. »
Sans ce type de plateforme, ils peuvent parfois hésiter à solliciter un confrère. Là, le transfert est très simple : les images arrivent directement dans un centre plus expert, où elles peuvent être relues de manière centralisée et où l’on peut répondre rapidement.
Ce sont donc des avis du quotidien, et c’est pour cela que ce type d’usage pourrait se démocratiser beaucoup plus à l’avenir.
« Il y a des cardiologues qui se posent des questions dans leur cabinet. Ils peuvent se dire : « Je ne sais pas pource patient-là, j’ai un doute. » Avec ce type de plateforme comme Rofim, les images arrivent directement dans un centre plus expert, où elles peuventêtre relues rapidement. C’est de la téléexpertise pour l’échocardiographie. »
Recevez-vous aujourd’hui beaucoup de demandes via cet outil ?
Je pense que nous n’en recevons pas encore assez.
Comme souvent avec les nouveaux outils, il y a toujours une phase d’adaptation. Les professionnels ne connaissent pas encore toujours bien ces solutions, et ce n’est pas encore complètement intégré dans leurs habitudes.
Nous recevons encore beaucoup d’examens sur CD ou sur clé USB, alors que certains cardiologues ont déjà très bien intégré ce type de plateforme et nous envoient leurs examens directement via Rofim.
Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?
Par exemple, nous travaillons avec le centre du Havre, où il y a d’excellents échographistes.
Ils peuvent parfois se poser la question d’une réparation percutanée de la valve mitrale, avec la mise en place de clips. L’échographie peut être parfaitement réalisée au Havre. Mais sans transfert d’images, nous serions obligés de refaire les examens au CHU.
Avec un transfert d’images sécurisé et rapide, nous pouvons analyser l’examen à distance, présenter rapidement le patient en staff et décider s’il est éligible à la procédure, sans le faire revenir systématiquement.
Le patient ne vient alors que pour la consultation d’annonce et la consultation d’anesthésie, sans avoir à refaire tout le bilan. C’est en cela que ce système est très utile.
« L’échographie est parfois parfaitement réaliséedans un autre centre, comme au Havre. Sans transfert d’images, nous serions obligés de refaire les examens au CHU.Avec un transfert sécurisé et rapide, nous pouvons analyser l’examen à distance et présenter le patient sans le faire revenir inutilement. »
Quels sont les bénéfices pour les professionnels desanté ?
Cela facilite énormément les choses.
En plus des examens d’imagerie, nous pouvons aussi télécharger sur la même plateforme les comptes rendus de consultation. Tout arrive donc au même endroit et au même moment : les électrocardiogrammes, les Holter ECG, les échographies, les comptes rendus de consultation et bien sûr les images. Cela évite les échanges multiples par mail ou par courrier, qui pouvaient parfois se perdre entre les secrétariats. L’avantage est que nous pouvons ensuite télécharger l’ensemble de ces éléments et les relire en staff pluridisciplinaire.
« Tout arrive au même endroit : les électrocardiogrammes, les Holter ECG, les échographies, les comptes rendus de consultation et bien sûr toutes les images. On peut tout télécharger et relire en staff pluridisciplinaire. »
Cela garantit également la sécurité du transfert des données, ce qui n’existait pas vraiment auparavant.
Un autre bénéfice est que certains centres de la région, qui ont déjà une expertise importante sans être des centres hospitaliers universitaires, peuvent participer pleinement à la prise en charge. L’échographie n’est pas forcément refaite au CHU. Le cardiologue adresseur reste intégré dans la prise en charge : son examen est présenté en staff et participe à la décision. C’est un vrai bénéfice, et cela permet aussi d’aller plus vite.
Quels sont les bénéfices pour les patients ?
À terme, cela permet de fluidifier le parcours des patients.
Certains patients habitent parfois très loin et ne nécessitent pas forcément une réévaluation complète. Si l’échographie est bien réalisée en extérieur et que nous pouvons revoir les images, il n’est pas nécessaire de multiplier les examens.
Cela représente un gain de temps pour nous, mais aussi pour les patients, qui évitent de revenir pour une seconde évaluation qui peutparfois être inutile.
« Si l’échographie est très bien faite en extérieur et que nous pouvons revoir les images, il n’y a pas besoin de multiplier les examens. Cela évite aux patients de revenir pour une réévaluation qui peutparfois être inutile. »
Est-ce que Rofim améliore le lien ville-hôpital ?
Nous essayons au maximum de décloisonner la relation ville-hôpital.
Je pense que ce type de plateforme de téléexpertise en est un très bon exemple : cela montre que cette collaboration est possible et qu’elle n’est pas si compliquée à mettre en place.
« On essaye au maximum de décloisonner la relation ville-hôpital et je pense que ce type de plateforme est un excellent exemple que c’est possible et que ce n’est pas très compliqué. »
Comment faisiez-vous avant Rofim ?
Avant ce type de solution, cela passait souvent par des coups de téléphone.
Un cardiologue extérieur appelait le CHU pour présenter un cas et pouvait envoyer quelques boucles d’images via WhatsApp, ce qui n’est évidemment pas une messagerie sécurisée. Ce sont des pratiques que l’on ne peut plus vraiment avoir aujourd’hui, car ce n’est ni sécurisé pour les données des patients, ni suffisant pour analyser correctement un examen complet.
Pensez-vous que le transfert d’imagerie va prendre de l’ampleur en cardiologie ?
L’échocardiographie se démocratise de plus en plus.
Il existe différents niveaux d’échocardiographie, et l’on voit apparaître de plus en plus de médecins, qui ne sont pas forcément cardiologues, réaliser des échographies de débrouillage. Dans ce contexte, les besoins de téléexpertise vont forcément augmenter entre les centres experts et les centres périphériques.
Nous avons par exemple beaucoup de patients insuffisants cardiaques qui ne sont pas suivis directement en cardiologie. L’échoscopie au lit du malade se développe et il y aura de plus en plus de situations où un avis rapide d’un centre expert sera nécessaire.
Cela permet aussi d’initier plus tôt certains traitements. Une téléexpertise rapide peut permettre de les mettre en place directement dans les centres périphériques. Pour les maladies chroniques comme l’insuffisance cardiaque, qui peuvent se redécompenser, le transfert d’images permettra également de partager rapidement les échographies réalisées par des praticiens moins experts.
« Ce type de téléexpertise rapide permet aussid’initier plus tôt certains traitements directement dans les centrespériphériques. »
Quel message souhaitez-vous adresser à vos confrères?
Je pense qu’il faut encourager au maximum l’utilisation de ce type de plateforme plutôt que les mails ou les canaux non sécurisés. C’est simple à utiliser et cela permet de partager l’ensemble des éléments nécessaires à l’évaluation d’un patient : non seulementles comptes rendus de consultation, mais aussi les images d’échocardiographie.
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