Comment la RCP Pacifique et la téléassistance chirurgicale permettent de réduire les évacuations sanitaires en outre-mer : le retour d’expérience du Dr Charles Honoré.
Le Dr Charles Honoré est chef du service de Chirurgie viscérale oncologique et chef du comité Sarcomes à l’Institut Gustave Roussy, où il coordonne la prise en charge des patients atteints de sarcomes, notamment pour les territoires ultramarins.
Il partage son retour d’expérience sur l’usage concret de la télémédecine dans son quotidien, à travers les e-RCP et la téléassistance chirurgicale : réduction des évacuations sanitaires, renforcement de l’autonomie des équipes locales et garantie d’un accès équitable à l’expertise, sans perte de chance pour les patients.
Pouvez-vous vous présenter ?
Dr Charles Honoré : Mon nom est Charles Honoré. Je suis chirurgien viscéral de formation et je travaille à l’Institut Gustave Roussy depuis plusieurs années, où je coordonne la prise en charge des patients atteints de sarcome. Je coordonne également la prise en charge des patients d’outre-mer.
Dans quels contextes utilisez-vous la plateforme Rofim ?
Nous utilisons la plateforme Rofim dans plusieurs situations.
La première concerne les patients situés en outre-mer, afin d’éviter les évacuations sanitaires en nous appuyant sur un recours solide et fiable à la télémédecine. Cela permet à ces patients de bénéficier de discussions en e-RCP.
Au cours de ces échanges, nous nous sommes rendu compte que les solutions de transfert d’images existantes n’étaient pas suffisantes pour garantir un circuit fluide. L’utilisation de la plateforme Rofim s’est donc imposée naturellement pour faire circuler les images de façon sécurisée dans le cadre de ces e-RCP.
Enfin, le troisième cas de figure concerne l’utilisation de la plateforme de téléassistance chirurgicale, pour accompagner une intervention à distance et éviter au patient un exil sanitaire, alors même que les compétences techniques étaient disponibles sur place.
Comment s’organisent les RCP à l’Institut Gustave Roussy ?
Depuis toujours, l’Institut Gustave Roussy repose sur une organisation matricielle.
D’une part, il existe l’organisation classique en services selon les spécialités : oncologie médicale, radiothérapie, radiodiagnostic, radiologie interventionnelle, chirurgie, etc.
Mais cette organisation est croisée avec une autre structure, transversale : celle des comités. Nous considérons que l’on ne peut traiter correctement un patient atteint d’une pathologie donnée qu’en croisant les expertises.
La RCP regroupe ainsi des chirurgiens, des oncologues médicaux, des radiologues et des anatomopathologistes pour prendre en charge les patients d’une pathologie spécifique.
Je m’occupe de la RCP Sarcome à l’Institut Gustave Roussy. C’est sur cette organisation que nous avons calqué l’utilisation de Rofim.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la RCP Pacifique ?
Cette organisation matricielle est pensée pour répondre aux pathologies cancéreuses complexes. La volonté de l’Institut Gustave Roussy est clairement orientée vers la recherche et l’innovation.
Au fil des années, nous nous sommes rendu compte qu’il existait un véritable enjeu pour les patients d’outre-mer. Au-delà de la dimension purement médicale, il y a la question logistique et l’isolement géographique, qui constituent une barrière à part entière.
C’est à ce moment-là que nous nous sommes rapprochés de deux structures hospitalières, respectivement en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, afin de mettre en place une RCP sur le même modèle que celle de Gustave Roussy, mais en visioconférence.
La mise en place de ces temps d’échange nous a permis de discuter les dossiers en temps réel. Ce sont les praticiens d’outre-mer qui sélectionnent les dossiers à présenter. Très rapidement, cela nous a permis de réduire de presque moitié le recours à l’évacuation sanitaire.
Nous sommes aujourd’hui aux alentours de 12-13 %, alors que nous étions probablement autour de 30 % au début de l’expérience. Notre objectif est désormais de passer sous la barre des 10 %.
Nous sommes passés d’environ 30 % de recours à l’évacuation sanitaire au début de l’expérience à 12-13 % aujourd’hui. Notre objectif est désormais de descendre sous la barre des 10 %. En un peu plus de cinq ans, nous avons dépassé les 3 000 dossiers discutés, et nous avons réellement le sentiment d’apporter un appui expert à distance.
Nous allons bientôt atteindre plus de cinq ans d’utilisation, avec plus de 3 000 dossiers discutés. Nous avons réellement le sentiment d’apporter un appui à distance : cela permet d’éviter des évacuations sanitaires, mais aussi de renforcer la légitimité de nos collègues d’outre-mer.
Très concrètement, cela permet souvent de décider d’un traitement en France hexagonale tout en le réalisant à proximité du domicile du patient, en lui évitant parfois 24 heures de voyage aller et 24 heures de voyage retour.
À travers la RCP Pacifique, on a vraiment l’impression de fournir un appui à distance aux équipes médicales d’outre-mer. Cela permet d’apporter de la légitimité à nos collègues et de décider des traitements à proximité du domicile des patients, en leur évitant parfois 24 heures de voyage aller et 24 heures de voyage retour.
💡 Pour en savoir plus : RCP Pacifique : structurer un recours expert entre Paris, Nouméa et Papeete grâce à la e-RCP
Pourquoi avoir eu recours à la téléassistance chirurgicale ?
Nous nous sommes demandé comment aller plus loin et réduire encore davantage le recours à l’évacuation sanitaire.
Nous avons commencé par organiser des missions sur place afin de former certains chirurgiens et radiologues. Nous avons également développé des programmes de recherche clinique, notamment en biologie moléculaire à partir de prélèvements sanguins.
Au final, nous nous sommes rendu compte qu’un des principaux motifs d’évacuation sanitaire restait le recours à la chirurgie, y compris pour des interventions qui, techniquement, ne nous semblaient pas particulièrement complexes. C’était davantage la rareté du geste qui le rendait difficile à réaliser localement.
Les standards hexagonaux imposaient que, pour ce type de cancer rare et complexe, le geste soit réalisé dans un centre spécialisé.
En échangeant avec ces chirurgiens très compétents, nous avons estimé que certaines interventions pourraient probablement être réalisées sur place, à condition d’être accompagnées. C’est là que les outils de téléassistance chirurgicale se sont révélés déterminants.
Comment se prépare et se déroule une opération en téléassistance chirurgicale ?
En amont, le maître mot est la confiance. Rien de tout cela n’aurait été possible sans une confiance absolue entre le docteur Chastang, le docteur Sarcher et moi-même. Cette confiance garantit l’absence de perte de chance pour le patient.
Nous ne voulions en aucun cas proposer une chirurgie « au rabais ». Éthiquement, nous ne pouvions envisager ce geste que si nous pouvions garantir au patient que l’intervention serait réalisée avec le même niveau d’exigence que s’il avait été évacué à l’Institut Gustave Roussy.
Cette notion de confiance et de non-perte de chance était un prérequis.
Nous avons posé les jalons progressivement. L’outil a été identifié assez rapidement, mais près d’un an s’est écoulé avant la réalisation de la procédure : il a fallu identifier un patient dont la situation se prêtait à cette approche, puis élaborer une procédure détaillée.
Sur le plan technique, nous avons construit une roadmap de l’intervention, réalisé un test à blanc pour vérifier le fonctionnement du système, rédigé des procédures en cas de déconnexion ou d’incident.
Nous avons également sollicité une validation éthique afin que le comité d’éthique de l’Institut Gustave Roussy confirme la légitimité et la licéité de la démarche.
Ce n’est qu’une fois tous ces jalons franchis que nous avons pu programmer l’intervention.
La préparation s’est faite conjointement entre la Clinique Cardella, l’Institut Gustave Roussy et Rofim, avec plusieurs réunions préparatoires.
💡Pour en savoir plus sur ce sujet, consultez notre étude de cas : Paris-Tahiti : opérer en direct et à distance grâce à la télémédecine
Quel est votre retour d’expérience sur l’outil Rofim et AMA XpertEye ?
L’outil est très intuitif. La prise en main est rapide.
Que ce soit en réception ou en émission, la communication est satisfaisante. En pratique, on ne le ressent plus pendant l’intervention, il s’efface presque.
Il permet de transmettre les informations essentielles, des images et des annotations. Je le trouve très complet.
L’outil est très intuitif. On l’oublie rapidement, et on opère avec. Il remplit exactement les fonctions que l’on attend.
La première chose, c'est la sécurité des données. C'est quelque chose qui, pour le patient, est extrêmement rassurant. La deuxième chose, c'est d'avoir un système holistique. Cela veut dire qu'avec la même plateforme, je peux faire de la e-RCP, de la télé-expertise, de la téléconsultation. Je peux transmettre des images. C'est tout cela que je trouve extrêmement confortable avec Rofim. C'est vraiment avoir une solution clé en main qui permet de faire la totalité de la télémédecine dont j'ai besoin en oncologie.
Avec une seule plateforme, je peux organiser des RCP, partager des images de façon sécurisée et, le cas échéant, accompagner une intervention à distance. C’est une solution holistique, extrêmement confortable pour l’oncologie.
Quels sont les bénéfices de la solution Rofim ?
Je pense que c’est un outil véritablement révolutionnaire. Il faut réfléchir à ses nouvelles utilisations, probablement dans d’autres spécialités que les seules spécialités chirurgicales, et dans d’autres contextes.
Je pense notamment aux milieux isolés : lorsqu’un non-spécialiste, ou un spécialiste confronté à une situation hors de son champ d’expertise, a besoin d’aide, disposer d’un recours en téléchirurgie ou plus largement en télémédecine peut réellement faire la différence.
💡 Pour en savoir plus : Chirurgie en zone de conflit : opérer à distance grâce à la téléassistance chirurgicale
